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interview

Ralph Rugoff : regard sur la vie moderne

On sort

Publié le 18 août 2015 par Cécile Prenveille

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C'est l'événement de la rentrée : la Biennale d'art contemporain investit les places culturelles emblématiques de la ville à partir du 10 septembre. Une programmation artistique autour de "La vie moderne" orchestrée par le commissaire Ralph Rugoff.

Ralph Rugoff, commissaire de la 13e Biennale dart contemporain de Lyon
On peut s’arrêter devant chaque œuvre, on peut en éviter certaines ou rester plus longtemps devant celles qui nous parlent.

Ralph Rugoff,
Commissaire de la Biennale d'art contemporain

 

« La vie moderne », on pense tout de suite à Jacques Tati… Les œuvres de la Biennale nous parlent-elles du passé ?

Je suis très content que vous évoquiez Jacques Tati ! L’expression « la vie moderne » nous fait d’abord penser au passé – à l’époque des films de Tati justement. Mais elle renvoie bien à notre présent, parce que moderne signifie aussi « nouveau ». De ce point de vue, il y a une ambiguïté intrinsèque dans cette expression. Elle nous parle de l’actuel, elle reflète nos incertitudes dans notre rapport au présent et nos relations avec le passé.

Le présent est tissé à partir des fils du passé. Dans le film Playtime de Jacques Tati (1967), tout est nouveau. Mais nous savons aujourd’hui que nous ne pouvons pas nous échapper du passé.

L’exposition de la Biennale rassemble des artistes qui explorent différentes questions qui nous concernent aujourd’hui, mais ils tiennent compte de l’héritage de cette période dite « moderne ». La société de consommation nous a laissé le réchauffement climatique. Certaines grandes aventures coloniales nous ont légué l’immigration et les relations post-coloniales. Nous vivons avec cet héritage. Les questions contemporaines interrogent le passé et notre capacité à s’en accommoder. L’expression « la vie moderne », je l’espère, a un caractère de légèreté. Elle n’en demeure pas moins ambiguë.

Quelles sont les artistes qui incarnent le mieux cette ambiguïté ?

Je pense à une vidéo d’un cinéaste de Taiwan, Goang-Ming Yuan. Elle a été réalisée après le désastre nucléaire de Fukushima. On voit des gens sur la plage, à l’ombre de parasols multicolores. Derrière eux, deux grosses tours de refroidissement de centrale nucléaire. L’image est très forte pour moi : elle incarne tout à la fois la légèreté d’une vie moderne néanmoins très complexe. Une scène de loisir quotidien sous la menace planante d’une modernité qui, peut-être, ne nous inspire plus confiance. Nous sommes très loin de l’optimisme de l’époque de Jacques Tati.

Un autre œuvre à laquelle vous tenez particulièrement ?

Je tiens particulièrement à toutes les œuvres [rires] ! Mais je pense à la création d’un artiste égyptien, Magdi Mostafa. C’est une installation élaborée à partir de 30000 leds, elle occupe une salle entière et représente le Caire, la nuit. Les lumières s’allument et s’éteignent à intervalles irrégulières, comme s’il y avait des coupures d’électricité. C’est très beau, et un peu anxiogène quand l’obscurité s’abat. Cela donne une idée de ce monde moderne dans lequel nous vivons, capable de créer cette magnifique beauté artificielle d’une ville la nuit. En écho, l’idée de la précarité moderne. Quand il s’agit de l’Égypte, on pense inévitablement à la précarité politique de ces dernières années.

Cette thématique vous semble-elle ouverte à tous les publics, même les enfants ?

Il faut emmener les enfants ! Il n’y a rien dans cette exposition qui puisse leur faire peur ou qui ne soit pas de leur âge. Les enfants nous aident à voir ! Enfants ou adultes, il peut arriver qu’on soit choqué. Cela veut dire que l’artiste a réussi à nous toucher d’une certaine manière. Mais le but de cette Biennale n’est pas de choquer mais de poser des questions sur la vie moderne.

On peut s’arrêter devant chaque œuvre, on peut en éviter certaines ou rester plus longtemps devant celles qui nous parlent. Les œuvres qui prennent le plus de temps sont les vidéos, mais celles que j’ai choisies ne sont pas trop longues (je suis sensible au fait qu’il y a souvent trop de choses à voir dans une Biennale).

Il y a aussi un distributeur de billets dans lequel vous pouvez mettre une carte bancaire. Cela va produire une interaction amusante… Je ne vous en dis pas plus…

Il faut d’abord accueillir l’art avec son estomac, le laisser s’insinuer ensuite dans son cœur puis dans sa tête. J’espère que toutes les œuvres de l’exposition auront ces différentes dimensions. Vous pouvez traverser les lumières de l’œuvre de Magdi Mostafa et être éblouis. Mais vous pouvez choisir d’aller plus loin si vous le souhaitez. Je trouve très important que l’art puisse être accessible à différents niveaux pour des publics différents.

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